Eric Dargent "très heureux" après sa victoire (1/3)

Alors qu'il vient d'être sacré Champion de France de handisurf pour la seconde fois consécutive, Eric Dargent a rendu visite à Proteor. Nous l'avons reçu au sein de notre siège à Dijon. L'occasion de s'entretenir avec lui pour balayer sa très large actualité et en premier lieu ces championnats de France qui viennent de s'achever.

Bonjour Eric. Tout d'abord, félicitations pour ton second titre consécutif de champion de France. Que représente-t-il pour toi ? Ce titre a-t-il plus ou moins de saveur que le précédent ?

« C'est sûr que pour le premier c'était quelque chose de nouveau, il y avait une sorte de ferveur qui démarrait, c'est forcément moins présent sur le deuxième. Mais malgré tout, cela veut dire qu'il y a une continuité, que ça évolue,  qu'on est sur quelque chose qui va s'établir, qui va durer sur le long terme. Donc le championnat de France handi fait maintenant partie du monde du surf et va s'inscrire dans l'histoire du surf. Et personnellement, c'est quelque chose que j'espérais. C'est encore  nouveau, ça ne fait que deux ans, ce n'est que la seconde édition. Donc je suis très content que ça ait lieu, que ça continue, qu'il y ait eu un petit peu plus de participants cette année. J'espère qu'il y en aura toujours un peu plus, que ça va continuer à se démocratiser, donner envie à d'autres de venir participer aux compétitions et aussi pousser quelque part les clubs, la Fédération à ouvrir leurs portes au handicap, à permettre des initiations et une progression des sportifs dans cette discipline. Ainsi, on peut créer des athlètes de plus en plus performants, parce qu'on est sur une qualité de surf déjà importante aujourd'hui et je suis persuadé qu'elle va augmenter dans le temps. Donc je suis très heureux d'avoir pu y participer, d'avoir pu rencontrer tous les gens qui font que cette compétition ait lieu et tous les athlètes.

C'est vraiment un moment de partage quand on participe à ces compétitions. Pour moi, dans la victoire il y a à la fois le plaisir personnel, c'est-à-dire continuer à progresser, sentir que j'arrive à faire des figures de plus en plus techniques - cette  progression elle est aussi là parce qu'on est motivé par la compétition - et puis il y a aussi l'image qu'on va renvoyer et qui va permettre d'appuyer les partenariats dont j'ai besoin pour mettre en place de nouveaux projets : continuer à aller plus loin dans la conception de prothèses, dans l'accessibilité aux sports de glisse à travers l'appareillage et donner aussi une nouvelle image. Une image qu'on n'avait pas il y a 5 ans puisque quand je me suis retrouvé amputé, l'image qu'il y avait dans le surf c'était que ce n'était pas possible. Aujourd'hui, on prouve que c'est possible, que l'amputation fémorale ce n'est pas quelque chose qui empêche de faire des sports d'équilibre ».  

Dans ton discours, on sent vraiment que dans le handisport peut-être plus que dans d'autres sports, l'important, c'est vraiment de participer, au-delà du succès en lui-même.

« Oui, je pense à l'impact et l'utilité que ça va produire au travers d'une place que j'arrive à faire. Je pense que quand j'agis, quand j'ai un objectif, j'aime avoir l'idée qu'il va y avoir une utilité derrière. Elle peut être personnelle, le plaisir qu'on a à faire la compétition, à surfer mais si derrière il ne se produit rien, je trouve ça dommage. Et j'aime avoir cette sensation que le fait de réussir quelque chose va permettre d'ouvrir autre chose. Chaque fois que j'agis, j'essaie d'avoir ça en tête et c'est ce qui rend la réussite encore plus belle ».

C'était la seconde édition des championnats de France de handisurf. As-tu senti une différence par rapport à l'année dernière : l'impression qu'il y a un mouvement en marche et une vraie progression ?

« Moi, je le vois au travers de mon surf, je surfe mieux que l'année dernière, je continue de progresser donc oui, il y a une progression. D'autres athlètes se sont entrainés toute l'année, continuent d'évoluer, il y a un véritable challenge et puis derrière il y  aussi le championnat du monde qui arrive. Donc j'espère qu'une équipe sera formée et que la Fédération Française de Surf permettra à des athlètes de participer à ces championnats car il y  a une réelle possibilité d'arriver à faire des places et peut-être un podium ».

La concurrence était-elle plus élevée sur ces championnats de France ?

« Il y a une concurrence, après je pense qu'il y a encore des efforts à faire notamment sur l'encadrement et la progression des handi. Je ne veux pas être trop critique parce que dire des choses négatives n'aide jamais à avancer mais ce serait intéressant qu'il y ait plus de choses mises en place pour faire évoluer encore plus vite les sportifs. Donc mettre plus d'entraînements en place, plus de coaching, qu'il y ait un véritable suivi des athlètes, qu'ils soient capables d'évoluer, d'aller plus loin, d'une part pour les athlètes performants mais de laisser aussi, d'autre part, une possibilité à ceux qui souhaitent quelque chose de plus récréatif, ludique de progresser dans leur surf, d'évoluer même sans l'aspect compétitif. Mais ça, ça passe à travers l'ouverture de clubs, de la possibilité aussi pour différentes associations d'organiser des événements autour du handicap et du surf, autour de l'évolution de prothèses aussi. Parce que c'est bien d'inciter les gens amputés à faire du sport, leur dire que ça va leur faire du bien mais si ils n'ont pas accès à des prothèses et si ils n'ont pas l'équipement, ils ne pourront pas. Donc c'est aussi une bataille, cette progression n'est pas fulgurante mais elle est là, elle se fait petit à petit. On ne peut pas attendre un changement radical en une année mais il est en train de se faire, doucement. Et c'est aussi à chacun de faire évoluer les choses, dire ce qui l'intéresse non pas pour critiquer mais pour avancer vers quelque chose de meilleur ».

Cette interview est à suivre, avec une seconde partie consacrée aux championnats du monde à venir en décembre, à La Jolla (Californie).

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